Question orale sur l’aide financière accordée par la Commission communautaire française aux cafés-théâtres

Question orale jointe de Monsieur Gaëtan VAN GOIDSENHOVEN, Député, adressée à Madame Fadila LAANAN, Ministre-Présidente en charge de la Culture

concernant l’aide financière accordée par la Commission communautaire française aux cafés-théâtres

M. Gaëtan Van Goidsenhoven (MR).- Le Gouvernement de la Commission communautaire française vient d’octroyer une aide supplémentaire de 50.000 euros au secteur des cafés théâtres. Cette bouffée d’oxygène est bien entendu la bienvenue dans un secteur qui connaît des moments difficiles et qui constitue pourtant un important vivier d’artistes. Bon nombre de nos acteurs, humoristes ou chanteurs ont en effet effectué leurs premiers pas sur scène dans ces petits établissements.

Néanmoins, la situation financière de ces centres culturels reste souvent précaire. Des contacts que j’ai eus avec plusieurs responsables de ces cafés-théâtres, il ressort que l’obtention de subsides est de plus en plus compliquée.

Parmi les difficultés, les gestionnaires de cafés-théâtres sont confrontés à des refus de remboursement de frais liés, entre autres, aux assurances, à l’équipement de matériel internet, à la papeterie, pourtant indispensables pour assurer le fonctionnement de ces établissements. Ces frais semblent de plus en plus souvent refusés par la Commission communautaire française et il en résulte des problèmes pour la gestion quotidienne de ces institutions culturelles.

Dans le prolongement de ces premiers éléments, je voudrais vous poser quelques questions précises.

Sur quels critères objectifs la Commission communautaire française s’est-elle appuyée pour attribuer ce montant supplémentaire de 50.000 euros ?

Pouvez-vous préciser les éléments qui permettent de bénéficier ou non du remboursement des frais inhérents au fonctionnement de ces cafés-théâtres ?

Êtes-vous au courant des difficultés administratives auxquelles sont confrontés les responsables de ces centres ? Cette question fait-elle l’objet d’une attention particulière au sein de la Commission communautaire française ? Quelles sont les réponses qui sont apportées pour simplifier la gestion quotidienne des cafés-théâtres, de plus en plus souvent confrontés à des difficultés administratives ?

Enfin, la situation financière des cafés-théâtres met clairement en lumière les difficultés concrètes que connaissent ces établissements pour subsister. Ces rallonges financières, si elles leur permettent de garder provisoirement la tête hors de l’eau, ne peuvent leur assurer un développement sur le long terme.

Quelles sont donc les initiatives entreprises, s’inscrivant dans le cadre du développement culturel de notre Région, afin d’assurer la survie des cafés théâtres et leur permettre de sortir de la situation précaire qu’ils connaissent actuellement ?

Mme Fadila Laanan, ministre-présidente.- Monsieur Clerfayt et Monsieur Van Goidsenhoven, je vous remercie l’un et l’autre pour vos questions qui me permettent d’informer le Parlement francophone bruxellois quant aux décisions prises par le Gouvernement en matière de soutien au secteur des cafés-théâtres bruxellois.

Comme j’ai déjà eu l’occasion de le souligner, les cafés-théâtres constituent de vrais tremplins pour les jeunes talents, qui bénéficient ainsi d’une scène de lancement dans un cadre adapté. Or, ils sont parfois dénigrés par un secteur culturel élitiste, qu’il soit professionnel ou institutionnel. Par conséquent, ils ont du mal à survivre et à être cette courroie de transmission indispensable entre le monde des amateurs et celui des professionnels.

Dès mon entrée en fonction comme ministre-présidente du Gouvernement francophone bruxellois en charge de la Culture, j’ai relevé d’importantes disparités au sein de ce secteur en termes de soutien des pouvoirs publics, de volume d’activités, de programmation, ou encore de recettes propres. La volonté du Collège a donc été très clairement de soutenir davantage ce secteur en respectant sa spécificité et d’en faire un élément structurant de la politique culturelle de proximité en région bruxelloise.

Dans ce contexte, une nouvelle allocation budgétaire a été créée en vue de revaloriser des cafés-théâtres dès l’année 2016. Pour répondre à votre question spécifique, Monsieur Clerfayt, celle-ci est créditée de 150.000 euros en crédit d’engagement pour l’année 2016, ce qui représente une augmentation de 40.000 euros par rapport au budget alloué au secteur des cafés-théâtres en 2015. Je vous expliquerai pourquoi.

La Commission communautaire française soutient de longue date le secteur des cafés-théâtres. Ainsi, l’Atelier Marcel Hastir, le Bizou, le Café de la Rue, Côté Village, la Jazz-Sation, L’Os à moelle, La Samaritaine, La Soupape, Le Jardin de ma sœur, Le Rayon vert, Les Lundis d’Hortense, The Music Village, le Fulmar et Zoart sont autant de cafés-théâtres actuellement soutenus par notre institution. À ces quatorze cafés-théâtres soutenus par la Commission communautaire française s’ajoutent, pour l’année 2016, Le Fou Rire et Le Petit Chapeau Rond Rouge qui ont introduit une demande de subside pour cette année.

Ces asbl ont été invitées à exprimer leurs attentes à l’égard des pouvoirs publics dans le cadre de différentes réunions de travail qui se sont déroulées en mars et en avril 2016. Il en est ressorti différents constats.

Premièrement, les cafés-théâtres ne souhaitent pas de réglementation spécifique, laquelle aurait des effets trop contraignants, notamment en termes de programmation artistique. Deuxièmement, seuls certains cafés-théâtres ont exprimé un besoin réel de moyens complémentaires pour assurer leur fonctionnement. Troisièmement, la nécessité de renforcer la visibilité de ce secteur a été constatée à l’unanimité. Elle a abouti à la mise en place d’un week-end dédié à la promotion des cafés-théâtres qui se déroulera du 9 au 12 novembre prochains.

L’asbl Visit.Brussels apportera son soutien à l’événement dans le cadre d’une stratégie de communication adaptée, qui ne préjudicie évidemment en rien à la liberté de programmation des différents cafés-théâtres. Un « pass » au festival sera d’ailleurs proposé via le système de box-office, avec une réduction offerte au public, la Commission communautaire française se chargeant de rétribuer à 100% les cafés-théâtres.

En ce qui concerne la répartition des moyens additionnels réservés aux cafés-théâtres pour l’année 2016, celle-ci a permis de répondre au manque évident de moyens de certains cafés-théâtres, dans la limite des moyens disponibles pour cette année budgétaire.

Pratiquement, seuls les cafés-théâtres qui en ont exprimé la demande ont bénéficié d’une revalorisation. Les deux cafés-théâtres soutenus pour la première fois par la Commission communautaire française en 2016 reçoivent, quant à eux, une subvention forfaitaire de 7.500 euros. Je peux vous fournir un tableau reprenant l’ensemble des moyens accordés par la Commission communautaire française à chaque café-théâtre en 2015 et en 2016 (annexe 2). 

Il va enfin de soi que ce soutien s’inscrit dans une logique de continuité, et donc de récurrence annuelle. Cela étant, comme je l’ai déjà précisé, il n’y aura pas de règlement en faveur de ce secteur, pour la bonne et simple raison que les cafés-théâtres ne sont pas demandeurs d’un tel cadre. En revanche, nous veillerons à accompagner au mieux ce secteur, en fonction des moyens budgétaires qui pourront être dégagés d’ici la fin de la législature.

Enfin, vous m’interrogez sur les dépenses admissibles au niveau de l’administration de la Commission communautaire française. Il s’avère que ces frais sont définis par le memento, qui est le formulaire administratif rempli par chaque demandeur de subside. Il appartient à chaque asbl de définir les postes qu’elle souhaite voir pris en charge dans le cadre du subside accordé par la Commission communautaire française.

Si les dépenses ne sont pas admises a posteriori, c’est qu’elles n’ont pas été spécifiées en tant que telles dans le cadre de la demande initiale. Il en va de même des dépenses d’investissement, qui doivent être distinguées des dépenses de fonctionnement en vertu des normes de comptabilité européennes, et qui font l’objet d’une allocation budgétaire distincte.

Nous veillerons à attirer l’attention des cafés-théâtres sur la nécessité d’effectuer une demande de subsides qui soit la plus large possible, pour éviter une restriction malheureuse des postes admissibles dans le chef des opérateurs concernés.

Mon administration est, bien entendu, au service des opérateurs culturels, afin de les accompagner au mieux dans l’ensemble de ces démarches administratives.

Au-delà du budget que j’ai précisé dans ma réponse, des moyens qui n’étaient pas dédiés aux cafés-théâtres ont permis de soutenir le grave déficit de L’Os à Moelle qui continue ainsi de ravir le public bruxellois.

M. Gaëtan Van Goidsenhoven (MR).- J’examinerai, moi aussi, ce tableau avec intérêt. Comme vous, je suis convaincu de l’importance de ce secteur dans la naissance de nouveaux talents. Ces cafés-théâtres constituent pour eux un vivier fondamental.

Pour le reste, j’insiste sur la nécessité d’accompagner, de manière ouverte et compréhensive, ces personnes désireuses de promouvoir la culture et parfois confrontées à des charges administratives bien compliquées. Ce n’est pas leur spécialité, et les questions des dépenses admissibles et autres difficultés administratives sont parfois pour elles la goutte qui fait déborder le vase. Leur vie n’est pas facile et le rôle d’une administration est d’accompagner au mieux ces personnes qui se dévouent, voire se sacrifient, afin que la vie culturelle de notre Région puisse se développer et rayonner dans tous les quartiers. 

Mme Fadila Laanan, ministre-présidente.- Sachez que l’administration éprouve beaucoup d’empathie pour les opérateurs culturels. L’accompagnement se fait au plus près et sur tous les aspects soulevés par ces derniers. Dans le cas présent, nous avons respecté leurs desiderata. Certains n’ont rien exigé de plus, faute de pouvoir justifier leur demande. D’autres, qui avaient demandé une revalorisation, l’ont obtenue.

Le tableau des moyens accordés par la Commission communautaire française à chaque café-théâtre en 2015 et en 2016, que je vais vous transmettre, doit être considéré comme un outil d’information : nous n’avons pas fixé de critères d’octroi, nous avons agi au cas par cas, après une écoute attentive des besoins de chacun.

 

Pour retrouver l’intervention dans son intégralité, veuillez cliquer ici.

CR n°36 (2015-2016), Juillet 2016, pp. 21-23