Interpellation jointe de Monsieur Gaëtan VAN GOIDSENHOVEN, Député, adressée à M. Rudi VERVOORT, Ministre-Président du Gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale, chargé des Pouvoirs locaux, du Développement territorial, de la Politique de la Ville, des Monuments et Sites, des Affaires étudiantes, du Tourisme, de la Recherche scientifique et de la Propreté publique

concernant la signature de l’acte officialisant l’achat du bâtiment Citroën par la Région de Bruxelles-Capitale.
[Interpellation principale de Monsieur Arnaud Pinxteren sur l’achat du site Citröen]

M. Gaëtan Van Goidsenhoven (MR).- Vous avez effectivement annoncé, le 29 octobre dernier, la signature devant notaire, de l’acte officialisant l’acquisition du célèbre garage Citroën, situé place de l’Yser, par la Région de Bruxelles-Capitale.

C’est, enfin, un pas décisif dans le cadre d’un projet dont nous attendons tous la concrétisation depuis bien longtemps, à savoir la création, en bordure du canal, d’un musée d’art contemporain.

Je souhaiterais toutefois interpeller M. le ministre-président sur les modalités de cette signature.

L’aspect financier tout d’abord. D’après la presse, la transaction financière porte sur un montant de 20,5 millions d’euros. Pourriez-vous nous éclairer sur le mode de financement auquel la Région a recouru pour faire face à cette dépense ? Une expertise de prix a-t-elle été effectuée afin de fixer ce montant ?

Concernant les activités du groupe PSA, il est mentionné que celui-ci pourra poursuivre ses activités dans le bâtiment vitrine de 45.000m² sur une période de deux ans, le temps pour lui de construire une nouvelle succursale. Comment allez-vous pouvoir coordonner le développement du musée d’art contemporain dans un espace où les activités commerciales de Citroën vont se poursuivre ? Ceci ne va-t-il pas occasionner de multiples obstacles et difficultés dans le bon avancement du projet ? Cet aspect de l’accord pose question puisqu’il conviendra de ne pas gêner les activités du constructeur automobile. Je vous rappelle que vous avez annoncé avoir l’intention d’inaugurer ce musée à l’horizon 2018-2019. Comment pouvez-vous être certain que les délais pourront être respectés ?

Vous indiquez également que la conservation, dans le futur musée, d’une trace de l’occupation antérieure du site par la marque Citroën n’est nullement à exclure. Quels sont donc les accords que vous avez pris avec le constructeur français à ce propos ? Sous quelle forme cette présence est-elle envisagée ?

L’accord prévoit aussi, via la signature d’un bail emphytéotique de 99 ans, que PSA aménagera une nouvelle implantation dans la zone du canal, sur une partie du site du TACT.

Pouvez-vous nous en dire plus sur les modalités de cet accord ? Quel type de bâtiment le groupe PSA prévoit-il d’implanter à cet endroit ? Où en êtes-vous dans la cadre de l’attribution de permis ?

Concernant l’avenir du site, je souhaiterais également revenir vers vous sur l’étude de faisabilité du projet de musée : où en est-on à ce propos ? Disposez-vous d’un calendrier précis ?

Enfin, puisque vous mentionnez avec optimisme que le dossier « avance » concernant les œuvres qui seront exposées, pouvez-vous nous en dire davantage ? Quels sont les contacts que vous avez entrepris dans le milieu de l’art afin d’offrir à ce futur musée un catalogue digne de ce nom ?

En conclusion, au printemps dernier, il avait été question d’une visite du bâtiment par la commission. Il m’apparaît indispensable de pouvoir disposer à ce stade des informations les plus claires et complètes sur ce dossier et les modalités de sa concrétisation.

[Interpellation jointe de Madame Cieltje Van Achter]

[Intervention de Monsieur Serge de Patoul]

[Intervention de Madame Brigitte Grouwels]

[Intervention de Madame Julie de Groote]

[Intervention de Monsieur Arnaud Verstraete]

M. Rudi Vervoort, ministre-président.- Je me réjouis avec vous de l’évolution de ce projet. Je perçois effectivement au fil du temps que ce qui apparaissait aux yeux de certains comme irréaliste ou inopportun commence à prendre forme en termes d’évolution de ce site et d’une implantation sur ce dernier d’un musée d’art moderne et contemporain. L’idée commence à percoler dans les esprits : je ne peux que m’en féliciter. En effet, ce site présente un potentiel extraordinaire à plus d’un titre : sa localisation, ce qu’il représente dans notre histoire… Comme je le dis toujours, ce qui importe lorsqu’on évoque des éléments patrimoniaux majeurs, au-delà de leur préservation, c’est de leur donner vie. Sans cela, la préservation du bâtiment en tant que tel n’a que peu d’intérêt. Elle doit s’inscrire dans une dynamique qui inclut la ville et la Région d’aujourd’hui. Sinon, ces lieux demeurent statiques, ce qui n’a pas beaucoup de sens.

Je rappelle que la discussion du prix a été menée par la Société d’acquisition foncière (SAF), par le biais d’une recapitalisation et d’emprunts. Le prix d’acquisition du site n’apparaîtra donc pas dans le budget régional, puisque ce n’est pas la Région qui est propriétaire du site, mais bien la SAF.

Bien sûr, cette acquisition a été faite après estimation d’un bureau d’études indépendant.

Ensuite, l’estimation a tenu compte de la question de la dépollution des sols. Maximum 4 millions d’euros devraient servir à dépolluer les sols. On est parti de 24,5 millions dont on retire 4 millions, cela donne 20,5 millions. C’est ainsi que nous sommes arrivés à un accord à ce sujet avec Citroën.

Pour ce qui concerne le terrain situé au TACT, un échange a été opéré entre un terrain appartenant à la Société d’acquisition foncière (SAF) et le Port de Bruxelles. Citroën a donc pris le terrain en bail emphytéotique.

Le bureau d’études a été désigné par la SAF pour la définition des potentialités programmatiques du complexe. Il s’agit de l’association momentanée Wam (Wessel de Jonge Architecten, MS-A, Idea Consult, Aries Consultants, Laurent Busine). C’est l’ensemble de ces bureaux qui se sont agrégés pour pouvoir réaliser cette étude. Cela montre bien l’intérêt du projet lui-même puisqu’on est face à un bureau d’études de niveau international.

La désignation a été confirmée le 18 novembre dernier. L’étude vient de démarrer et elle devrait durer six mois.

Le postulat de départ de cette étude de définition est la volonté de créer un musée d’art moderne et contemporain ainsi que, notamment, le besoin de logements en Région de Bruxelles-Capitale au même titre, par exemple, que la prise en compte de caractéristiques patrimoniales du site. Le logement n’est donc pas intégré d’office, mais n’est pas pour autant exclu. Cela fait partie de l’étude de définition avec des alternatives à étudier. Ils définiront ce qui est réaliste et opportun de faire autour et alentour du musée.

Il n’y a pas de raison que la Région ne suive pas les résultats de l’étude. On a pu démontrer que, lorsqu’une étude pointe l’inopportunité d’un projet, comme celui du tunnel Meiser, par exemple, la Région suivait ces recommandations. Il ne faut pas faire des procès d’intention !

Cela dit, cela en chiffonne encore certains, mais notre objectif de départ est la création d’un musée d’art moderne et contemporain. Ce postulat de base est un choix politique. Sur la base des contacts que nous entretenons dans le secteur de l’art contemporain, qu’ils soient privés, institutionnels, internationaux, avec les galeristes, je puis vous assurer que ce projet suscite un engouement international.

Les Bruxellois ont toujours éprouvé des difficultés à considérer le potentiel et les atouts extraordinaires de Bruxelles. Il faut faire preuve d’ambition, de temps en temps ! Je tiens à porter ce projet, car je suis intimement convaincu de son rôle de moteur pour le quartier et au-delà.

Je trouverais évidemment dommage que l’ensemble des partenaires institutionnels belges ne parviennent pas à intégrer le potentiel de ce projet et restent confinés dans leur approche étriquée de la politique culturelle. Il est évident que c’est le fait que les collections d’art moderne aient été remisées qui a amené la Région à développer un projet alternatif et nettement plus ambitieux.

Quant au volet TACT du dossier, l’accord conclu entre la SAF et Citroën intègre un bail emphytéotique sur un terrain destiné à relocaliser les activités de Citroën – ateliers et show-room – et conforme à la destination du bien.

Citroën s’est engagé à introduire sa demande de permis dans les trois mois de la signature de l’acte sur la base d’un avant-projet qui a déjà été discuté avec le maître-architecte. La réflexion sur le sujet avec nos services est évidemment bien avancée. Vous avez pu vous demander pourquoi la signature ne s’est pas faite avant, mais il faut savoir que nous attendions que le projet soit ficelé dans sa globalité, y compris par rapport à ce que nous réaliserons sur le TACT.

Le site a été acquis sur fonds propres par la Société d’acquisition foncière (SAF). Une expertise a été réalisée. Citroën occupera le site encore deux années, temps que nous mettrons à profit pour développer le projet.

La création d’un groupe d’experts sera intégrée à la réflexion relative au caractère opérationnel de la mise en route du projet. Il nécessitera la lumière et l’expertise de spécialistes au niveau national et international, afin de mettre en place un comité qui accompagnera la création du musée. Certains candidats belges et étrangers se sont d’ailleurs déjà auto-proclamés pour participer à cette réflexion. Ceci est indispensable pour réaliser un projet d’une telle ampleur.

Pour l’anecdote, on se défait de nos belles pièces de musée ! Sur le site du futur musée de la Deuxième Guerre mondiale à Gdansk, on peut d’ailleurs voir, aux côtés des avions, des chars d’assaut belges qui proviennent de nos musées. C’est également une entreprise belge, Tempura, qui a remporté le marché relatif à la scénographie du musée. 

Mme Van Achter, l’acte de vente mentionne que Citroën peut continuer à exercer ses activités sur place jusqu’au déménagement dans ses nouvelles infrastructures. De plus, les travaux d’assainissement ne seront effectués, pour des raisons pratiques et d’économies d’échelle, que lors du développement du projet. Leur incidence est répercutée dans le prix payé. Citroën s’engage en outre à introduire les demandes de permis requises dans les trois mois suivant la signature.

Il n’y a pas encore d’appel à projets pour le musée. Par contre, une étude des possibilités programmatiques a été lancée. Les budgets précis ne seront fixés qu’au terme de celle-ci.

On ne se ferme pas à d’autres potentialités qui pourraient ressortir de l’étude de définition en cours.

Il faut tenir compte de l’équilibre économique et financier du projet. Il y aura encore des investissements et l’idée de base était d’essayer d’avoir, dans la mesure du possible, un projet économiquement équilibré. On verra en fonction de l’étude, mais je ne peux pas préjuger de ses conclusions. La réalisation de l’étude prendra six mois et nous aurons l’occasion de discuter lorsque nous disposerons de ses conclusions. Nous devons avancer étape par étape. C’est un projet d’envergure qui comporte naturellement encore des inconnues. Laissons-nous d’abord le temps de construire ce projet, brique après brique, avant de décider d’éléments comme la couleur des revêtements intérieurs.

M. de Patoul, un masterplan TACT est à l’étude. Les entreprises candidates à s’y implanter sont déjà connues. L’avant-projet pour la voirie logistique ainsi que pour la voirie habitant est dessiné. Tout cela existe déjà.

Des candidats ont été sélectionnés pour l’occupation du site, lequel sera pourvu de deux voiries, une voirie logistique pour alimenter le TACT et une voirie réservée aux habitants.

[Intervention de Monsieur Arnaud Pinxteren]

M. Rudi Vervoort, ministre-président.- Non. Les bureaux d’études ont estimé le coût de la dépollution à quatre millions au maximum. Et c’est la Société d’acquisition foncière (SAF) qui réalisera ces travaux de dépollution. Tout cela figure dans l’acte d’achat.

Nous sommes en train de vérifier avec la SAF et Citroën s’il est juridiquement possible de transmettre l’acte lui-même.

[Intervention de Monsieur Arnaud Pinxteren]

M. Rudi Vervoort, ministre-président.- Dans le cadre de nos réflexions et de nos échanges avec les partenaires, nous avons décidé de ne pas nous enfermer dans un canevas, tout en respectant l’élément pivot qu’est la fonction muséale autour de laquelle…

[Intervention de Monsieur Arnaud Pinxteren]

M. Gaëtan Van Goidsenhoven (MR).- Comme l’a souligné mon collègue, nous ne percevons pas concrètement ce qu’il en est du bâtiment Citroën à ce stade.

Nous avons toujours voulu juger du bien-fondé du choix du site et de la faisabilité du projet. Notre volonté d’y voir ériger un musée d’art contemporain qui puisse apporter une contribution à la dynamique culturelle bruxelloise et à l’attractivité de la ville constitue une priorité majeure.

Nous entendons qu’une étude est lancée et durera six mois. Dans ce dossier emblématique, le parlement mérite d’être mieux informé et de manière plus proactive. Je souhaite que, dans les six mois, nous puissions prendre connaissance de cette étude afin de nous forger une opinion et de nous poser les questions légitimes.

La question du logement fera partie des conclusions de l’étude. Vous déclarez vouloir rester réaliste et que vous suivrez les conclusions de l’étude.

Pour ce qui est des collections, comme vous l’avez laissé sous-entendre lors de précédentes interpellations, ce projet suscite « l’enthousiasme et l’intérêt des collectionneurs, et que Bruxelles se prévaut d’une attractivité suffisante pour convaincre des grands acteurs culturels ». Nous restons dans le flou. Ces propos sont certes encourageants, mais restent impalpables à ce stade.

Un musée est un outil complexe. Ce qui sera accroché aux cimaises doit être un peu plus concret, même si dans le domaine de l’art contemporain, tout peut être envisagé.

Un musée est un outil complexe, et la manière de faire, le discours porté et le projet muséographique en sont des éléments essentiels. Cela permettra de juger du bien-fondé du projet et cela permettra aussi à ce musée d’être, comme l’a dit mon collègue, un phare dans la ville et, pourquoi pas, un élément de référence, de dynamique et de création culturelle.

Les musées d’art contemporain ont en effet cela de spécifique, dans les villes où ils ont trouvé leur juste place, de ne pas être seulement un endroit de conservation, mais aussi un lieu qui suscite la création, l’agrège et la structure, et qui structure autour de lui une série d’activités culturelles et économiques.

Il y a donc quelque chose à réussir ici. Cela passera évidemment par un projet financièrement solide, mais aussi au travers d’un projet muséographique ayant la capacité de porter à la fois un discours cohérent et une ambition en termes de contenu. En effet, trop souvent, comme on a pu le voir à l’étranger, les musées d’art contemporain ont eu tendance à être des objets dont le contenu apparaissait finalement comme un élément secondaire.

Ici, nous sommes d’abord et avant tout dans un garage qu’on réutilise, et au travers de cette réutilisation vous avez laissé transparaître la motivation : éviter qu’un bâtiment emblématique puisse être repris à des usages que vous jugiez peu nobles au regard de ses qualités. Il est important que le contenu de ce musée et le parcours muséographique qui seront développés puissent donner sens à cette démarche, laquelle, nous en convenons tous, est importante pour le développement de la zone du canal et plus globalement de notre Région. Nous attendons donc. Et c’est pour cela que je rappelais l’objectif que nous nous étions donné d’aller visiter le bâtiment avec cette commission afin de pouvoir disposer d’éléments les plus complets possible pour nous forger notre opinion et pour soulever des questions le moment venu. 

[Intervention de Madame Cieltje Van Achter]

M. Rudi Vervoort, ministre-président.- 4,2 millions d’euros seront versés par eux à cette fin.

[Intervention de Madame Cieltje Van Achter]

M. Rudi Vervoort, ministre-président (en néerlandais).– Cela s’est déjà produit à Bruxelles aussi, notamment au musée Magritte.

[Intervention de Madame Cieltje Van Achter]

 

Pour retrouver le texte dans son intégralité, cliquez ici.
CRI COM (2014-2015) n°34, Décembre 2015, pp. 6-26

Auteur/autrice

y.cheddad@mrsenat.be

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