Question orale de Monsieur Gaëtan VAN GOIDSENHOVEN, Député, adressée à Madame Fadila LAANAN, Ministre-Présidente en charge de la Culture

concernant les pièces de théâtre d’utilité publique

 

M. Gaëtan Van Goidsenhoven (MR).- La culture est un outil d’émancipation et de réflexion incontestable, qui permet de s’interroger sur l’évolution de nos sociétés. La culture est ce moyen d’expression par excellence qui permet à chacun de se confronter à des thématiques passées trop souvent sous silence, voire parfois dérangeantes.

Indéniablement, les jeunes sont les premiers concernés par les évolutions et défis de la société. Or, ils ne savent pas toujours vers qui se tourner ou ne disposent pas d’espaces de parole suffisants pour exprimer librement leurs doutes, leurs craintes et leurs interrogations fondamentales. Pour toutes ces raisons, la reconduction, cette année, du label d’utilité publique à quatre nouvelles pièces de théâtre ne peut être accueillie que de façon positive. Elle ne peut qu’alimenter la réflexion des jeunes Bruxellois sur les enjeux majeurs de la société.

Toutefois, je souhaiterais pouvoir m’assurer du suivi de tels projets et mesurer concrètement l’impact que ces débats génèrent auprès du public scolaire. Vous avez indiqué que chaque pièce de théâtre, pour pouvoir bénéficier du label d’utilité publique, doit, entre autres, comprendre un débat en fin de représentation. Vous avez également précisé qu’un montant de 20.000 euros serait attribué à chaque troupe sélectionnée pour la communication et la diffusion de sa pièce.

Sachant que ce projet a pour objectif de susciter le débat et la réflexion auprès des jeunes, quels sont les dispositifs mis en place pour assurer la modération et l’encadrement des élèves lors de ces débats, étant donné que les professeurs ne disposent pas toujours des formations adéquates pour remplir ce rôle ?

Quelles actions ont-elles été entreprises pour assurer la pérennité de ce projet ? Par exemple, les troupes ayant bénéficié du label lors de la précédente édition ont-elles fait l’objet d’un suivi de votre part, tant au niveau de leurs activités culturelles que des budgets ou subsides dont elles disposent à ce jour ?

Enfin, l’octroi du label implique un subside à hauteur de 20.000 euros, versé par la Commission communautaire française et dédié à la communication et à la diffusion de la pièce. Cependant – et cet aspect peut également s’avérer bénéfique pour la publicité des pièces dont il est question -, avez-vous prévu ou conclu des partenariats avec des établissements scolaires pour que les représentations puissent se faire de façon systématique au sein des écoles ?

Mme Fadila Laanan, ministre-présidente.- Dans le cadre de votre question relative aux pièces de théâtre reconnues d’utilité publique, je vous remercie tout d’abord pour votre confiance à l’égard du dispositif créé par la Commission communautaire française, qui vise à labelliser des spectacles dans une optique pédagogique et éducative.

Je tiens d’emblée à apporter une précision importante : les représentations, de même que les débats, ne se déroulent pas en milieu scolaire, mais dans des lieux de diffusion hors les murs. Cela étant, il est exact que nous visons prioritairement le milieu scolaire, comme nous l’avons d’ailleurs précisé dans l’appel à candidatures. L’objectif est bel et bien que les écoles se déplacent vers les lieux culturels.

Il en résulte que ce ne sont pas les professeurs, mais bien les comédiens, les metteurs en scène ou, le cas échéant, des médiateurs ou des associations habilitées qui assurent les animations à l’issue du spectacle. J’estime d’ailleurs que ce sont les professionnels des arts de la scène à l’origine de la démarche artistique et leurs partenaires de terrain qui sont les plus aptes à susciter le dialogue et la réflexion des jeunes au terme de la représentation. Il suffit, pour s’en convaincre, de lire les interviews des quatre compagnies primées et de mesurer ainsi l’enthousiasme qui les anime dans le cadre de cette démarche citoyenne.

Vous me demandez également quelles sont les actions entreprises pour assurer la pérennité de ce projet et quel suivi est réservé aux opérateurs en termes de soutien financier. Là encore, je voudrais nuancer votre propos : il ne s’agit pas, à proprement parler, d’assurer la pérennité des projets, mais plutôt de garantir aux spectacles primés une période de diffusion suffisamment longue et une accessibilité maximale aux jeunes. Tel est bien le sens du soutien accordé dans le cadre de l’octroi du label d’utilité publique.

En revanche, il est certain que je souhaite pérenniser au maximum cette politique de labellisation. En effet, comme j’ai déjà pu l’exprimer, j’estime que le théâtre est un outil formidable d’émancipation et de réflexion pour notre jeunesse, et les sujets de société à explorer avec les jeunes sont évidemment légion.

Vous me demandez si nous avons conclu des partenariats avec des établissements scolaires pour que les représentations puissent se faire de façon systématique au sein des écoles. Comme je l’ai précisé, les représentations ne se déroulent pas au sein des écoles, mais à l’extérieur. Nous ne pouvons pas organiser de diffusion en tant que telle des spectacles, celle-ci ne relevant pas de la mission première de la Commission communautaire française.

La seule exception à la règle est le spectacle Djihad, pour lequel j’ai organisé une tournée bruxelloise en collaboration avec mon collègue Rudi Vervoort. Il a agi en tant que ministre de la Cohésion sociale, en raison d’un contexte un peu particulier, lié à l’actualité de l’année dernière.

Dans la pratique, ce sont bien les compagnies elles-mêmes qui organisent leurs tournées à destination des publics scolaires. Nous leur demandons de veiller à ce que la diffusion du spectacle vise bien l’ensemble des jeunes Bruxellois, dans une optique d’inclusion, de participation et de mixité. Cette démarche est d’ailleurs couronnée de succès, puisque depuis le début de l’opération d’octroi du label, plus d’une quarantaine d’animations ont été ou vont être réalisées pour le spectacle Miso avec l’Athénée royal d’Ixelles, l’Athénée Charles Janssens, l’Institut René Cartigny, l’Athénée Serge Creuz à Molenbeek-Saint-Jean, l’Athénée royal de Koekelberg, l’Institut de l’Enfant Jésus, l’Institut Reine Fabiola à Etterbeek, le lycée Guy Cudell à Saint-Josse, et j’en passe.

Des jeunes de quatorze à vingt ans, venus d’horizons très divers, vont ressortir transformés de ces animations en classe, du spectacle ou du débat organisé après le spectacle. Il en est de même pour chaque spectacle labellisé, pour lesquels nous dressons actuellement le bilan des représentations organisées, grâce à la Commission communautaire française et avec le concours de l’administration.

Quoi qu’il en soit, au terme de cette deuxième année, les résultats de cette opération sont largement encourageants et démontrent une fois de plus l’intérêt du pari de la culture lorsqu’il s’agit de préparer le monde de demain.

Je voudrais encore attirer votre attention sur le spectacle Djihad, auquel j’avais octroyé le label d’utilité publique il y a deux ans. Il fait un tabac en France, avec une tournée extraordinaire. Cette pièce a déjà été jouée plus de 205 fois, ce qui mérite d’être signalé, même si c’est davantage un sujet d’actualité que d’autres. Nous ne nous étions pas trompés !

M. Gaëtan Van Goidsenhoven (MR).- La ministre-présidente a répondu à mes questions. J’aimerais obtenir un petit complément d’information. Vous avez fait allusion à la satisfaction enregistrée. Cela laisse entrevoir qu’une évaluation a systématiquement été menée a posteriori. Pouvez-vous me dire un mot sur les modalités de celle-ci ?

Mme Fadila Laanan, ministre-présidente.- Sachez d’abord que les labels ne sont pas le fruit d’une décision personnelle, mais d’un travail réalisé par un jury composé de membres du secteur de l’enseignement et du secteur culturel. Dans ce cadre, quatre spectacles ont été primés cette année en tant que labels d’utilité publique. Il est clair que pour être retenu dans ce dispositif, il faut respecter un certain nombre d’obligations.

C’est la raison pour laquelle nous évaluons le nombre d’animations et de spectacles réalisés, ainsi que le type de public qui y a assisté. Les informations recueillies font ensuite l’objet d’un bilan qui motive le financement opéré dans ce cadre, puisque des budgets de 20.000 euros sont débloqués et permettent une diffusion renforcée de ces spectacles.

Si vous souhaitez obtenir ce type d’informations, je peux vous les communiquer. Elles vous permettront de vous faire une idée précise de la manière dont nous travaillons en la matière.

M. Gaëtan Van Goidsenhoven (MR).- Je vous remercie par avance.

Mme la présidente.- Pour faire appel à ces spectacles d’utilité publique, je me permets de dire que nous devons entretenir une part de risque, car lorsqu’un spectacle est véritablement parlant, son succès s’explique par de nombreux facteurs. Il nous faut prendre garde à ne pas nous attacher outre mesure à des statistiques qui ne tiendraient pas compte de la prise de risque incombant à cette démarche et au travail d’auteurs ou d’acteurs.

Pour retrouver l’intervention dans son intégralité, veuillez cliquer ici.

BIQ n°11 (2016-2017), pp. 9-11

Auteur/autrice

y.cheddad@mrsenat.be

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